Exercice Joint Winter 2003
L’ER 01.033 ‘Belfort’ au pays des fjords.

Une dizaine de Mirage F1 CR et de Mirage 2000 D français se sont récemment rendus en Norvège. D’abord pour une campagne de tir, puis pour participer aux côtés des norvégiens à l’exercice ‘joint Winter’. De retour de mission, le capitaine Gente, pilote à l’escadron de reconnaissance 01.033 ‘Belfort’, nous raconte les deux semaines de mission qu’il vient de passer au pays du froid.

La base aérienne norvégienne de Bodo, qui se situe au-delà du cercle polaire arctique, a accueilli du 6 au 19 mars dernier un détachement d’avion français – cinq Mirage F1CR rémois et cinq Mirage 2000 D ordinairement stationnés sur la base aérienne de Nancy-Ochey – pilotés et soutenus par un personnel nombreux composé de trente-deux personnels navigants, et d’environ soixante-dix mécaniciens, effectifs auxquels il convient d’ajouter un officier renseignement pour la préparation des missions, un contrôleur aérien pour la coordination avec les contrôleurs aériens norvégiens et un commissaire dont l’aide fur précieuse dans la négociation de certaines prestations telles que la location de véhicules civils, l’hébergement en hôtel ou la prise de repas par exemple.

Le but du déplacement

L’objectif de ce déplacement était double. Il s’agissait tout d’abord de participer à une campagne de tir, histoire de profiter des vastes étendues désertes offertes par la région, située à l’extrême nord du continent européen. Une bonne occasion pour tirer de l’armement BDG (bon de guerre) de 250 kg et GBU12 (bombe guidée par Laser) en coopération avec les TACP français, des pilotes au sol dont la mission est d’orienter les pilotes sur un champ de tir vers un objectif précis préalablement déployés sur le champ de tir de Setermoen, situé à 120 miles nautiques au nord de la base aérienne.

Il s’agissait dans un deuxième temps de participer aux côtés aux côtés des Norvégiens à l’exercice ‘Joint Winter’, ces deux semaines devant s’achever par une démonstration de tir de quelques jours effectuée dans le cadre du ‘Joint Air Attack Team’.

Les conditions locales

Quel formidable accueil que celui que nous ont réservés nos amis Norvégiens ! Certes les bâtiments et installations mis à notre disposition étaient quelque peu exigus, mais ne disposions-nous pas de toutes les commodités nécessaires au parfait accomplissement de notre mission ? Lignes téléphoniques, fax, photocopieurs, accès Internet pour la météo… rien ne manquait ! Voila qui était de bon augure. Très vite, d’ailleurs, les choses se sont accélérées : nous rencontrions en effet dès le lendemain nos collègues norvégiens tandis qu’un briefing complet nous permettait de nous familiariser avec les zones, les procédures en vigueur sur la base aérienne, le champ de tir. Déjà les commandants d’escadrilles s’activaient, demandaient les premières planifications, donnaient leurs premiers ordres... Les premières averses de neige faisaient dans le même temps leur apparition, elle qui ne devaient plus nous quitter pendant nos deux semaines de présence, conduisant ainsi à annuler les deux tiers de nos vols. Il faut dire que les conditions météorologiques sont extrêmes par ces contrées. Et changeantes : sait-on qu’en quelques minutes un ciel limpide peut céder la place à de fortes averses de neige accompagnées de plafonds bas et de vents forts de 40 nœuds, 70 nœuds (un nœuds valant près de 2 kilomètres à l’heure) ? Il n’en reste pas moins que les missions maintenues furent des plus profitables et instructives : la navigation mixte IFR/VFR (vol effectué à l’aide des instruments de navigation, par ciel couvert/vol effectué à vue, par bonnes conditions météorologiques), les procédures propres à la base aérienne de bodo (une pente ILS à 3.5° et un axe décalé de 10°), la phraséologie, la topographie très particulières du pays et les conditions météorologiques inhospitalières ont été autant de ‘contraintes’ qu’ont appréciées les pilotes, toujours soucieux de s’améliorer en adaptant leur pilotage à des conditions de vol particulières. Certains - mais ils sont plus rares - furent même heureux de pouvoir parfaire leur anglais...

Les instants norvégiens

Faut-il signaler que les week-ends et les soirées furent tout aussi enrichissants ? C’est que le Norvégien est quelqu’un de particulièrement chaleureux et attachant… Ceci expliquant sans doute cela. Son pays, lui, est accueillant, aidé en cela par une économie dynamique notablement soutenue par l’exploitation des riches gisements de pétrole et de gaz de la mer du Nord. Quoi qu’il en soit, les excursions ont été autant d’occasions de contempler des paysages tous plus magnifiques les uns que les autres. Et les célèbres fjords – dont les fonds sont animés par le fameux maelström, ce courant marin violent qui crée de spectaculaires tourbillons – ont naturellement séduits les plus exigeants d’entre nous. Amis passionnés de tourisme, interrogez nos mécaniciens : certains, plus téméraires que nous, se sont en effet aventurés jusque sur les superbes îles Lofoten, joyaux du grand nord norvégien, gigantesques montagnes posées au milieu de la mer.

Plus modeste, mais non moins intéressant : le musée aéronautique de Bodo qui a également retenu toute notre attention. Ses collections renferment effectivement de prestigieux appareils, notamment un avion espion américain U-2 (identique à celui piloté le 1er mai 1960 entre le Pakistan et Bodo par l’Américain Gary Powers et qui fut ou aurait été abattu par un missile soviétique), un F-5, des Spitfire... et un appareil plus connus de nos escadrons, un superbe exemplaire de Republic F-84 F. Merci à nos amis norvégiens pour ces superbes excursions qui ont rendu ce déplacement encore plus agréables !

Les missions aériennes

Mais parce que les plaisirs ne peuvent durer qu’un temps- et aussi plus sérieusement parce que les conditions météorologiques semblaient vouloir marquer une trêve - la seconde semaine de notre séjour se déroula à un rythme plus rapide et nous pûmes enfin tirer pendant deux jours de l’armement. Mais déjà la campagne de tir touchait à sa fin, tandis que les prévisions météorologiques annonçaient une dégradation prochaine de s conditions climatiques. C’en était assez, et les responsables du détachement décidaient alors d’écourter le séjour norvégien des militaires français.

Malgré tout, un certain nombre de missions mêlant appareils français et norvégiens avaient pu être exécutées, pour le plus grand bénéfice des pilotes de deux nations qui ont ainsi pu échanger un certain nombre de savoir-faire. A ce sujet, il faut préciser que les Norvégiens, intégrés à l’OTAN, possèdent une culture plutôt ‘air-defence’, ce qui explique probablement qu’ils aient été assez réceptifs aux méthodes françaises en matière de reconnaissance et d’assaut. Ceux-ci étaient d’autant plus désireux de partager des connaissances qu’ils ont récemment participé à la force mise en place à Manas, en Afghanistan, après le départ des Mirage 2000 français, cette opération constituant pour beaucoup leur première expérience en dehors des cieux européens et américains (où s’effectue l’intégralité de leur formation initiale). Côté français, certains se souviendront longtemps d’avoir pu voler sur F-16.

Chaleur, hospitalité, échange de savoir faire, conditions extrêmes, voila les maîtres mots d’un séjour de deux semaines qui, malgré le petits nombre de missions effectuées, aura toute fois permis d’entraîner pilotes, mécanos et encadrement dans des conditions extrêmes, les uns à piloter dans un environnement inconnu et inhospitalier, les autres à mettre en œuvre des avions dans des conditions climatiques difficiles, les autres a devoir s'adapter ponctuellement à une ambiance et une pression différentes.  

Un bilan non négligeable. La certitude en tout cas d’avoir disposé d’excellentes - quoique inattendues - conditions d’entraînement.