Exercice Frisian Flag
L’escadron de Reconnaissance 01.033 « Belfort » aux Pays-Bas.

Du 7 au 18 octobre dernier, l’exercice international « Frisian Flag » qui s’est déroulé aux Pays-Bas a été l’occasion pour une dizaine de pilotes et une quarantaine de mécaniciens de l’escadron de Reconnaissance 01.033 « Belfort » de se rendre sur la base aérienne de Leeuwarden – en Frise, dans le nord du pays – pour y mettre en œuvre quatre Mirage F1 CR déployés pour l’occasion. Pendant deux semaines, nos appareils ont pu se frotter aux F-15 américains, F-16 néerlandais, et autres F-18 finlandais également mobilisés dans le cadre de cet exercice.
De retour en France, les capitaine Gente et lieutenant Lample, pilote et officier renseignement de l’escadron nous font part de leur impressions.

Leeuwarden. 7octobre 2002.

Nous arrivons à destination. Après six heures de route, nous voici enfin arrivés à destination et nous franchissons le poste de contrôle de la base aérienne de Leeuwarden. Quatre pilotes – ceux qui ont convoyé depuis Reims les quatre appareils français engagés - nous accueillent et nous entraînent sans attendre vers les bâtiments du 323ème Squadron, escadron qui, pendant la durée de cet exercice, hébergera notre détachement. A peine surpris, nous remarquons que sans perdre de temps, nos amis sont déjà à l’œuvre : prenant les consignes, installant le matériel, assistant aux briefings, ils préparent les premières missions. Même chose pour les mécaniciens qui s'affairent aussi autour des Mirage F1 CR. Pas de doute, nous y sommes !  

  Exercice militaire visant à parfaire la conduite d’opérations militaires multinationales, Frisian Flag, comme les exercices « Maple Flag » ou « Cope Thunder », est un rendez-vous incontournable qui permet l’échange d’expérience, la comparaison des méthodes de travail, la révision des standards OTAN, le tout en anglais.

Deux semaines d'intense activité attendent le déploiement français, composé de dix pilotes l’escadron de Reconnaissance 01.033 « Belfort », d’un pilote de l’escadron de chasse 03.033 « Lorraine » , d’une quarantaine de mécaniciens, et de personnels de la cellule renseignement et des services administratifs.  

La journée typique

  Les journées qui se succèdent se ressemblent et notre rythme devient rapidement celui de nos missions, qui, trépidantes, tranchent avec le déroulement quasi-monotone de ces journées, qui invariablement, se déroulent essentiellement en deux phases : d’abord, une première mission qui, préparée la veille, met en oeuvre six à huit avions dans un cadre tactique simple ; ensuite une seconde mission qui, préparée le matin, se déroule l'après-midi et met en oeuvre une trentaine d'appareils dans un cadre tactique plus élaboré.

On entend par cadre tactique l’ensemble des contraintes imposées aux pilotes, telles que sites de missiles sol-air, corridors dans lesquels le transit est obligatoire, ou bien encore les zones de ravitaillement en vol, autant de contraintes simulées qui conditionnent nos missions qui sont méticuleusement concoctées par les personnels de la cellule renseignement du 323ème Squadron (auxquels se sont joints deux officiers renseignement américain et français qui, pendant la durée de l’exercice, auront l’occasion de préparer deux missions chacun). L’exercice est supervisé depuis le quartier général installé à Leeuwarden par un officier supérieur néerlandais qui, quotidiennement, passe les consignes en termes de contraintes et de sécurité des vols par rapport aux objectifs assignés aux différentes missions conformément aux scénarios adoptés qui, invariablement, établissent l’opposition entre deux parties : les rouges contre les bleus.  

La mission confiée aux Mirage F1 CR rémois revient la plupart du temps à jouer le rôle des strikers, à savoir effectuer pour le camp bleu des missions d’assaut avec attaque d’objectifs au sol, en tant qu’exercices de perfectionnement à la mission secondaire confiée à ce type d’appareil. Aux F-15 américains, F-16 néerlandais, F-18  finlandais et à l’AWACS la mission tantôt de protéger ces Mirage F1 CR, tantôt de les refouler en les empêchant de progresser vers le champ de tir de Vliehors où les pilotes ont à larguer leurs bombes.  

  Dans ce contexte, la fonction stratégique de « Mission Commander » – en clair celui de leader chargé d’une part de superviser la préparation de la mission en fonction des informations qui ont pu être recueillies par les patrouilles (strikers, AWACS, défense aérienne), d’élaborer d’autre part le briefing commun avant le décollage des appareils – est confiée par roulement à chacune des nationalités participantes.

Un rythme soutenu

  Petit détail : les missions s'effectuent toujours au-dessus de la mer ce qui permet de s'affranchir de nombreuses contraintes en termes d'espace aérien et de nuisances sonores. Autre point positif : la météo qui, exceptionnellement bonne pour un mois d'octobre sous ces latitudes,  n'est pas venue perturber le déroulement des missions et a permis à chaque pilote d’effectuer cinq ou six vols, soit assez pour que les plus jeunes se familiarisent avec un environnement complexe et pour que les plus expérimentés éprouvent des tactiques et composent avec les forces en présence.

Les F-16 et F-18 notamment, appareils multirôles ont eu à assurer en tant qu’escorte un rôle de défense vis-à-vis de l’ensemble de la flotte, notamment au profit des Mirage F1 CR, appareils d’assaut plus spécifiques dont l’armement d’autodéfense à courte portée ne constitue pas une menace aérienne suffisante contre d’éventuels assaillants. Sur ce point, la polyvalence des Américains a dû s’adapter à la spécificité des Français.  

  Quant aux mécaniciens, eux aussi ont eu à redoubler d'efforts, puisque les Néerlandais ne leur permettaient pas de travailler après 17 h 30 ; ceux-ci parvinrent malgré tout à assurer une bonne disponibilité des avions, ce qui permit d'exécuter la totalité des missions.

Le repos des guerriers

Après une semaine passée à un rythme effréné, le week-end est évidemment le bienvenu et permet à chacun de se détendre : aux uns les charmes d’Amsterdam  ou de Rotterdam, aux autres la visite de Harlingen, jolie ville portuaire située à proximité de Leeuwarden. A noter, la visite rendue le jeudi précédent par le colonel Switzer, ancien commandant de la base aérienne 112 de Reims, et actuel attaché de défense aux Pays-Bas.

  Après une semaine passée à un rythme effréné, le week-end est évidemment le bienvenu et permet à chacun de se détendre : aux uns les charmes d’Amsterdam  ou de Rotterdam, aux autres la visite de Harlingen, jolie ville portuaire située à proximité de Leeuwarden. A noter, la visite rendue le jeudi précédent par le colonel Switzer, ancien commandant de la base aérienne 112 de Reims, et actuel attaché de défense aux Pays-Bas.  

  La deuxième semaine – non moins active que la première – voit la relève de quatre pilotes appartenant au dispositif français, tandis qu’au bar de l’escadron, les traditionnels "pots du soir" se succèdent, tour à tour offerts par les pilotes des différentes nationalités : saumon pour les Finlandais, bière et petits fours pour les Néerlandais, champagne pour les Français et... pizzas pour les Américains !  

Effectué dans d’excellentes conditions d’accueil, cet exercice a contribué à enrichir l’expérience des différents participants et a notamment permis de rencontrer de nouveaux interlocuteurs en la personne des aviateurs finlandais, qui quoique n’appartenant pas à l’OTAN, participaient pour la première fois à un tel exercice.